VDSL, fibre optique.. ils m’énervent

Son titre est celui de ministre en charge de l’Economie numérique. Elle s’appelle Fleur Pellerin. Et ses déclarations ont de quoi me faire voir rouge (et Bluetouff aussi).

Petite question, chers lecteurs: quand vous avez une carie, est-ce que vous avez tendance à faire confiance à un garagiste pour vous soigner ? Ou quand vous avez une courroie de distribution à changer, vous adresser à un dentiste ? Non, bien sûr que non. Alors pourquoi, bordel de merde, est-ce qu’on s’adresse aux opérateurs grand public pour déployer la fibre optique…

Oui, vous avez bien lu: je ne suis pas d’avis que les opérateurs grand public soient des interlocuteurs crédibles pour déployer la fibre optique en France. Explications.

Le marché de l’internet grand public en France, c’est Orange, Free, SFR, Numericable et Bouygues Telecom. Le trio de tête, leur dada c’est l’ADSL. Les derniers c’est câble (coaxial) et ADSL. À eux 5 ils bouffent une part de marché supérieure à 95% des foyers reliés, selon l’ARCEP.

Des entreprises et associations inscrites à l’ARCEP comme fournisseurs d’accès internet, il y en a des centaines. Notons d’ailleurs que le FAI associatif FDN entend développer les FAI associatifs locaux via une opération d’essaimage. Notons aussi l’arrivée agressive d’OVH dans l’ADSL grand public, qui ne doit pas laisser indifférent.

Bien. Maintenant rappelons ce qu’est la France: une population de 65 millions, une densité de 97 habitants au km², dont 40 millions dans les 50 plus grandes villes. Soit 25 millions en zone rurale, et nombre croissant.

Très bien. Rappelons ce que peut faire l’ADSL. Si vous voulez l’accès 20 mega, il vous faut être à côté du NRA. Or, la plupart du temps vous êtes à un bon kilomètre du NRA: de 20 mega vous passez à 5 mega. Et le débit baisse exponentiellement avec la distance, à 2 kilomètres c’est tout juste si on peut encore appeler ça de l’ADSL. L’ADSL, ça passe par une paire de fils de cuivre, ceux du téléphone. Les lignes téléphoniques vous savez, elles ont été déployées à très large échelle non pas par une entreprise privée, mais par France Télécom (d’ailleurs les lignes appartiennent toujours à France Télécom, les opérateurs ne font que louer leur utilisation). Les coûts de déploiement ont évidemment été très élevés, mais les fonds publics le permettaient et à l’époque on ne pensait en faire que du téléphone et du Minitel. Las ! Avec le « boom » de l’ADSL (vous savez, l’époque Wanadoo-Freesurf-Cegetel-Club Internet-Tiscali-Free-AOL-…), les pauvres paires de cuivre allaient subir mille outrages, ADSL, ADSL2, ADSL2+, ReADSL, du multiplex LLC/VC à gogo, ..  et maintenant on veut du VDSL à large échelle.

Le VDSL, qu’est-ce ? Simple: on ne réinvente pas la roue. Ça utilise les mêmes fils, et le débit est supérieur. Notez bien: j’ai parlé de débit, et non de portée. En effet, le signal électrique dans les fils de cuivre subit les mêmes contraintes (ce qu’on appelle la perte sur ligne et le bruit), du coup au-delà de quelques centaines de mètres du relais.. le VDSL est strictement identique à l’ADSL. Le 50 mega, si vous n’êtes pas à côté du NRA, vous oubliez. Accessoirement le débit montant n’est absolument pas comparable au SDSL, c’est du 1 à 2 mega tout au plus. Et là on va rire.

Comme vous savez, quand vous téléchargez vous envoyez aussi. Eh oui: faut bien que votre pc confirme comme quoi il a bien reçu le paquet, sinon le serveur va envoyer encore et encore le même paquet ! Et forcément plus il y a de paquets par seconde, plus, il y a de transferts à confirmer par seconde. Faites le test chez vous: pour un 1,9 Mo/s en téléchargement HTTP, vous arriverez à pratiquement à 0,6 Mo/s en envoi. Du coup si vous voulez pouvoir télécharger à 6 Mo/s, il vous faudra presque 2 Mo/s en envoi (soit du 16 megabit/seconde). Pour le VDSL 120 mega en test chez OVH, ça sera un débit montant de presque 5 Mo/s qu’il vous faut. Et faut que le serveur suive, à l’autre bout ! Youpiii ! Parce qu’il faut garder à l’esprit que la plupart des serveurs dédiés actuels sont reliés en 100 mega, soit un débit symétrique max de 12 Mo/s ! Eh oui, ma p’tite dame !


L’erreur stratégique c’est qu’ils veulent voir dans le VDSL l’internet très haut débit du futur. Non, non, archi NON ! Ils planchent sur déployer ça d’ici 10 ans, une techno utilisant une infra vieille et qui ne profitera qu’à un nombre limité de français, français qui eux sont déjà largement bien servis par l’ADSL et le peu de souscription aux offres fibre le prouve ! (car la fibre est proposée actuellement que là où c’est le plus rentable, c’est à dire en zone urbaine, c’est à dire là où l’ADSL est très performant, c’est à dire là où les gens ne sont pas intéressés par la fibre, c’est à dire là où ça sera au final le moins rentable pour les opérateurs…  logique imparable). Le VDSL n’a pas à se substituer à la fibre, les deux technologies sont complémentaires ! Aux zones urbaines on réserverait le VDSL (en plus c’est pas cher), et aux zones rurales la fibre.

Pourquoi on encense tellement la fibre ? Simple: il s’agit d’un canal composé d’un verre d’une grande pureté, dans lequel on fait circuler un signal infrarouge à partir de 850 nm de longueur d’onde (non c’est pas de la lumière visible). L’avantage principal: étant un signal lumineux, il n’est nullement affecté par les perturbations magnétiques. Et les pertes de ligne, parce qu’il y en a toujours un peu malgré la pureté du verre, permettent de dépasser allègrement les 3 kilomètres, pour une multimode à gradient d’indice OM3 100BaseFX. Une fibre monomode laser OS1 en 10GBaseE ça va à plus de 30 kilomètres, finger in the nose. Bien sûr il est possible d’ajouter des amplificateurs au bout d’une fibre, ça coûte super cher mais le résultat est là.

Oui tirer une ligne fibre c’est super cher, compter plus de 1000 € si vous voulez faire faire ça par Nerim. Voilà pourquoi les FAI grand public sont super frileux et en appellent aux pouvoirs publics: pour compenser les coûts il faudrait soit facturer le fibrage au client d’un coup (grosse douloureuse), soit étaler cela sur l’abonnement (douloureuse avec engagement long), soit… dépendre des aides publiques. Et non, il n’y a plus de France Télécom pour assurer le service public de liaison à la fibre: ça serait aussi sec interdit par la commission européenne, pour entrave à la concurrence et protectionnisme (sic). Du coup voilà, on est bien emmerdés, parce qu’évidemment les FAI disent avoir trop peu de marge pour financer ça (LOL), et ne souhaitent pas augmenter les tarifs des forfaits pour investir (ce qui les fait jouer à un vilain jeu: brider des sites web pour les faire payer EUX). Mais bordel, il y en a qui ne peuvent même pas ranger au placard leur modem 56k, et qui seraient prêts à payer le prix fort pour avoir un accès internet décent avec la fibre !!

Alors, que faire ? Et bien ça et là on voit de bonnes idées: des communes qui prennent l’initiative de faire fibrer les rues et logements par une entreprise spécialisée ou une régie spécifique (financé par impôts locaux)…  mais qui doivent attendre que les opérateurs grand public arrivent avec leur backbone à eux, car le débit fibre faut l’assurer aussi. Bref, c’est à se taper la tête contre un mur.

Pendant ce temps, en Suède, un débit symétrique de 100 mega fibre c’est « lent » pour eux, au Japon ils ont des séismes au quotidien mais NTT ne s’emmerde pas et il y a plus d’abonnés fibre que ADSL déjà, et le déploiement fibre en Lituanie a de quoi vous faire pâlir d’envie.

Pfff..

8 pensées sur “VDSL, fibre optique.. ils m’énervent”

  1. FTTB (Fibre To The Building), c’est bien non ? 😀 (je sors ^^)

    Question :

    Justement, pour le FTTH (Fibre To The Home), j’ai lu plusieurs avis différents, au sujet du déploiement vertical (les derniers mètres, entre la cave et la prise murale dans votre logement) : à qui est-ce la charge, le coût d’installation ?

    Dans certains cas, il s’agit bien de l’opérateur … oui, mais lequel ?

    Et puis comment ça marche la mutualisation ?

    C’est bien pour tout ces problèmes que le nombre d’abonnés à la fibre (FTTH ou FTTB, je ne parle pas de Numéricable) est si faible. Et puis il faut aussi savoir que les mêmes chiffres sont faibles car quasi tous les FAI mentent, car ils s’arrêtent aux trottoires, en déploiement horizontal uniquement.

    Et comment être au courant ? Et que faire si c’est le syndic de copropriété de l’immeuble qui refuse ? Que peut faire un simple particulier pour son immeuble comme démarche ?

    ça serait pratique s’il y avait une carte précise du déploiement actuel, pour savoir tel ou tel opérateur qui est passé chez nous, ou très près.

    En tout cas, bon article « coup de gueule » 🙂

  2. Attention 🙂 De la cave au boîtier de palier c’est du vertical, c’est ça le FTTH selon SFR et Orange (la fin c’est du cuivre). Free, eux, font arriver la fibre dans le logement jusqu’à la freebox.

    Ça c’est à la charge de l’opérateur. La mutualisation ça marche pas top, parce que justement ils n’utilisent pas les mêmes technologies (et peuvent se faire chier avec des faisceaux à longueur d’onde différents, des modes de fibre différents, tout ça c’est pas fixé par l’ARCEP et c’est une immense connerie).

    Le grand mystère est là parfois, la fibre passe sous le trottoir depuis des mois mais étrangement les offres ne sont pas encore publiées. Les syndics c’est un cauchemar parce que personne comprend ce qui se passe, les opérateurs veulent se décharger d’un maximum, finalement il n’est pas possible de faire des trous parce que c’est à moins de 40 cm d’une canalisation de gaz (ce qui est immensément con, vu que c’est de la fibre normalement).. etc etc. En tant que simple particulier, on peut claquer la porte et déménager. Basiquement.

  3. En gros, les FAI Français ne veulent pas investir dans la fibre car sinon ils n’ont plus rien à empocher ?

    Ok…

    Sinon, oui ici aux Pays-Bas, tout le monde est en 50 Méga minimum (y’a aussi quelques offres 20 ou 30 Mega pour les offres découvertes et moins chères). Par contre c’est beaucoup plus cher qu’en France : le triple play en france, c’est 29€. Aux PB, c’est de 45 € à 55 €…

    1. Oui mais toi tu peux regarder une vidéo HD 1080p le soir sur Youtube sans aucune interruption de pré-chargement, n’est-ce pas ?

      ( /2012/08/une-histoire-de-youtube-et-free/ )

  4. soit… dépendre des aides publiques. Et non, il n’y a plus de France Télécom pour assurer le service public de liaison à la fibre: ça serait aussi sec interdit par la commission européenne, pour entrave à la concurrence et protectionnisme (sic).

    Que de pessimisme : le déploiement des RTE est — paraît-il :p — une priorité européenne, d’où :

    http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/08/27/bei-free-recoit-un-pret-pour-developper-sa-fibre-optique_1751979_651865.html

  5. Les infos présentées sont pertinentes et intéressantes. Cet article est pas mal du tout, cela permet d’y voir un peu plus clair car le sujet est finalement moins évident qu’il n’y parait.

    Valentin Pringuay / Presse-citron.net

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