L’Histoire du Japon

De l’arrivée des premiers japonais jusqu’à nos jours

Superficie: 377 835 km²
Plus de 127 millions d’habitants (en 2008)
Deuxième puissance économique mondiale en 2008
28 siècles d’existence
Sortie du féodalisme en 1868
Une culture unique au monde

Le Japon est assurément un pays hors du commun. Isolés sur les iles d’Hokkaïdo, Honshû, Shikoku et Kyushu (plus toutes les petites iles environnantes), les japonais ont pu construire une civilisation à l’abri des envahisseurs durant des siècles. De ses débuts à nos jours, découvrons ensemble l’Histoire du Japon 🙂

C’est probablement lors de la dernière grande glaciation (glaciation dite « de Würm » ou « Weichsel » en Europe, « de Wisconsin » en Amérique du Nord) que les futurs japonais sont arrivés sur l’archipel, depuis la Sibérie, la Chine et la Corée, vers 15000 avant notre ère. En effet, la mer du Japon était entièrement gelée, permettant le passage des nomades. Les premières traces d’une civilisation sédentaire au Japon datent de 14500 avant notre ère: les premiers japonais étaient chasseurs et fabriquaient des vases en argile (les objets en argile découverts au Japon sont les plus anciens de tous): ceci marque le début de la période Jômon, qui se terminera en 300 avant notre ère pour laisser place à la période Yayoi, avec l’apparition de la culture du riz, la fonte du bronze puis du fer, importée de Corée. D’après des textes chinois anciens, la reine japonaise Himiko de Yamatai aurait envoyé un messager en Chine en l’an 239 – première trace d’une monarchie au Japon, bien que cela fasse encore débat de nos jours. Depuis ce temps, une lignée d’empereurs existe au Japon, qui aurait eu comme origine la déesse du Soleil Amaterasu (oui oui: phonétiquement en français ça donne « à ma terrasse » ^^). La religion rattachée à cette déesse est le shintoïsme: une religion polythéiste très liée à la nature qui est toujours d’actualité de nos jours.

D’ailleurs, puisqu’on en est à la religion: en 587 a eu lieu les premiers affrontements à propos de l’instauration du bouddhisme, fraichement venu de Chine. Soutenu par le prince Shotoko, le bouddhisme s’installe durablement au Japon: le temple Horyu-Ji fût achevé en 607 et demeure l’une des bâtisses en bois les plus anciennes actuellement.

En 701, le code de Taiho fût instauré: il définit la base de la hiérarchie gouvernementale en vigueur pendant longtemps. A l’ère Kufun/Asuka/Hakuho succède l’ère Nara en 710, avec la désignation de la ville Heijo-kyo (bien plus tard appelée Nara) comme capitale du Japon. Parce que cela semblait la mode qu’on change de capitale comme on change d’empereur, Kammu désigne la ville Heian-kyo (future Kyoto) comme capitale en 794. Le nouveau système monarchique copie celui de la Chine de l’époque: terres et habitants appartiennent à l’empereur.

Les siècles qui suivent dérapent en guerres de clans et les conflits se multiplient – même les paysans et moines bouddhistes s’y mêlent ! De sanglantes batailles opposaient les premiers samurai (encore au stade de paysans armés) et les aïnous, un peuple habitant au nord du Japon. En 1100, le gouvernement au pouvoir perd le contrôle entre les clans Taira et Minamoto. En 1185, les victorieux Minamoto établissent un shogunat militaire à Kamakura, dirigé par Minamoto no Yoritomo avec l’aide de ses bushi (guerriers), lui assurant paix et prospérité durant 150 ans, marquant la fin de l’ère Heian et le début de celle de Kamakura. Les descendants de Yoritomo perdirent le pouvoir en faveur des Hojo, qui étaient jusque là leurs alliés.

Pas de chance: en 1242, l’empereur Shijo meurt sans avoir d’héritier. Qui allait devenir empereur ? Vous imaginez la suite: des batailles furieuses entre clans candidats à la succession. On rajoute une couche: en 1274 puis en 1281, ce sont les mongoles qui s’invitent à la fête. S’en débarrasser couta très cher au shogunat de Kamakura, qui fut finalement vaincu par le clan Ashikaga en 1333, marquant le début de l’ère Muromachi. Ashikaga Yoshimasa, nouveau shogun, fait revenir le pouvoir à Kyoto et autorise le théâtre Nô et les cérémonies du thé. Nouveaux troubles en 1428, avec une révolte des paysans. Mais ce qui va suivre marquera le Japon à jamais.

En 1467 commence la guerre d’Onin, qui durera 10 ans et qui marque le point le plus bas du Japon en cette période d’instabilité: Kyoto finit en cendres sous les pillages. Plus tard, « l’art de la guerre » ne fût plus réservé aux samurai: de simples paysans armés (appelées ashigaru) pouvaient servir leur seigneur et ainsi espérer l’ascension sociale.

La faute à pas de chance ? en 1542, 3 portuguais naufragés débarquent au Japon, avec des armes à feu dans leurs valises. Francis Xavier fit construire une mission jésuite en 1549 à Kagoshima, histoire de verser de l’huile sur le feu alors que même les japonais ne pouvaient pas s’entendre entre eux. Terrain propice pour un unificateur, tel qu’Oda Nobunaga. Désigné comme l’un des « 3 héros du Japon » aux côtés de ses contemporains Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu, Oda Nobunaga gagne la guerre contre Asai Nagamasa, envoie en exil Ashikaga Yoshiaki et se bat contre Takeda à Nagashino, bataille qu’il gagne grâce à ses 3000 mousquetaires (merci les portuguais). Lors de la dernière bataille, en 1680, Oda fait tomber Ishiyama Hongan-ji, un temple-forteresse réputé invincible. On est en pleine ère Momoyama.

Alors qu’il dominait 30 des 68 provinces du Japon, Oda Nobunaga fût forcé de se suicider par un vassal dissident. Le remplaçant était Toyotomi Hideyoshi: il vengea rapidement son prédécesseur. C’est lui qui continua l’œuvre d’Oda Nobunaga, en battant Shikoku (1585), Kyushu (1587), la région de Kanto (1591) et en détruisant les forteresses d’éventuels rivaux. Il tenta même d’envahir la Corée, sans succès. Mais il y a des gens qui dérangent dans le paysage à cause de ce Francis Xavier: en 1597, il ordonne la poursuite des missionnaires portugais et des japonais convertis au christianisme jésuite. A sa mort, en 1598, une nouvelle crise de succession fait rage, qui conduit à la bataille de Sekigahara en 1600. Le vainqueur, Tokugawa Ieyasu, fut nommé Shogun par l’empereur en 1603. Tokugawa fit beaucoup de réformes, interdisant notamment aux samurai de posséder des terres ou même d’habiter dans certains quartiers des villes. Voyager entre les régions était strictement règlementé. L’ère de Tokugawa (Edo) durera jusqu’en 1868. Il faut noter que le christianisme a été interdit en 1614. Il faut noter aussi, en 1703, l’ordre donné par le shogun à 47 ronin (samurais sans maitre) au seppuku (le fameux hara-kiri « ouvrir du ventre » rituel) pour avoir vengé leur maitre assassiné. Scène immortalisée en théâtre kabuki dès 1748.

Bien qu’Edo fût à cette époque la plus grande ville du monde, Kyoto reste la capitale.

Qui voilà ? En 1853, l’amiral Matthew Perry (des USA) s’invite au Japon et force le Japon à s’ouvrir au monde. Les samurai n’étaient plus d’actualité, ils sont donc invités à déposer les armes par l’empereur en 1868 pour suivre la réforme. Tokyo (l’ancienne Edo) devient la capitale. On entre dans l’ère Meiji: le Japon devait être concurrentiel, ce qui annonce l’instauration du service militaire et la fin des systèmes d’héritage des samurai, provoquant le soulèvement de ces derniers. En 1884, l’industrie japonaise se développe pour être exportable. En 1894, le Japon s’attaque à son voisin, la Chine, et gagne. Mais pas assez pour être reconnu comme puissance militaire sérieuse par les occidentaux. En 1937, les japonais envahissent la Chine, massacrant les soldats et la population notamment à Nankin. Avec le blocus pétrolier des Etats-Unis à son encontre en 1941, le Japon attaque par surprise la flotte américaine à Pearl Harbor, ce qui conduit le pays dans la seconde Guerre Mondiale, déjà entamée en Europe.

En 1944, les Etats-Unis bombardent lourdement le Japon: ce dernier ne capitule pas. Au contraire: les kamikazes, ces jeunes pilotes écrasant leurs avions contre les bateaux américains, sont félicités, honorés et présentés comme exemple à suivre pour « sauver la nation ». La seconde Guerre Mondiale aurait pu s’éterniser à ce rythme: afin d’y mettre un terme, les Etats-Unis utilisent pour la première fois des bombes atomiques (dites « bombes A ») lors d’un conflit sur les villes d’Hiroshima (petite ville n’ayant aucun intérêt militaire) et Nagasaki (base navale japonaise). Devant la puissance de ces bombes, absolument phénoménales pour l’époque, l’empereur lui-même décidea de capituler, pour « le bien de son peuple » et malgré l’avis de ses généraux. A partir de ce moment là, le Japon devint une monarchie constitutionnelle et l’empereur dût renoncer à son pouvoir divin.

En ruines après la seconde Guerre Mondiale, le Japon connut une nouvelle réforme. En 1952 cependant, lors de la guerre de Corée (à laquelle le Japon n’a pas participé militairement), un grand besoin en électroménager, produits-phares et électronique grand public s’est fait ressentir. Profitant de la vague, le Japon exporta des machines à laver, des voitures, des télévisions,… Le Japon se développa à vitesse grand V. Déjà en 1964, le Japon était devenu l’un des pays les plus développés au monde, et ce statut n’a pas changé depuis.

Empereur depuis 1989, Akihito est le 125e souverain et descendant direct de la lignée Yamato. Enfin, « Akihito »… son nom complet serait plutôt « Akihito Kôtaishi denka », soit: Son Altesse le Prince héritier Akihito. Mais les japonais disent « Tennô Heika », un modeste « Sa Majesté l’empereur ». Dire simplement « Akihito » de l’empereur, c’est lui marquer un manque de respect aux yeux des japonais. Son arrivée au trône marque le début de l’ère Heisei. « Heisei » signifie accomplissement de la paix, ce qu’Akihito fait notamment envers les pays asiatiques ayant subi les attaques japonaises. L’empereur a actuellement un statut symbolique et son pouvoir est essentiellement diplomatique. Le vrai « chef » du Japon, c’est le premier ministre (actuellement: Tarô Asô). Vous pouvez comparer ce système politique à celui du Royaume-Uni: il est assez similaire.

Le Japon, un aperçu de la France du XXIe siècle ? Et bien non, certainement pas: nous ne sommes « que » 65 millions sur 675 417 km². On est 2 fois moins nombreux dans un pays 2 fois plus grand. Plus fort: notre société est axée sur l’individu (moi. moi ! MOI !) alors que le Japon est axé sur le groupe (moi, ma famille, mon entreprise, mon pays). Un système japonais en France, bien que meilleur, ne pourrait pas être appliqué. Ou plutôt: son application sera empêchée.

Cependant, le Japon restera un régal pour tout touriste voulant voir une harmonie entre hi-tech et tradition, travail et distraction, civilisation et paysages 🙂

Merci pour la lecture, n’hésitez pas à partager votre point de vue 😉

Bonus exclusif: photo du temple Heian (arigato gozaïmasu à Lili/Ookami pour la photo ^^)

heian

Une réflexion sur « L’Histoire du Japon »

  1. Historique du Japon à la fois bien résumée et bien détaillée… Par contre il est des détails d’importance omis : Il semble qu’au néolithique des peuples indo-européens aient temporairement occupé une des îles : Les aïnous. Rapidement mis en minorité par les asiatiques « purs » ( mongols, mandchous , hans…. etc) il ne reste que quelques clans perpétuant d’antiques fêtes païennes , telles la  » fête de l’ours » dans les années 60 de notre ère.

    La religion : Au Japon , « on » vit shinto et on meurt bouddhiste…. Pour le commun des mortels en tout cas.Bien que des pèlerins indiens aient introduit le bouddhisme au Tibet (Milarepa) au début de notre ère , puis en Chine aprés le IV ème siècle , ce n’est qu’au IX ème siècle que le moine indien Boddhidarma « va désigner directement ce qu’est le « dhyana » à l’empereur chinois qui lui avait posé la question. Le « dhyana » se dit « ch’anna  » , puis « ch’an  » en chinois ( et en japonais « zenna  » puis « zen » tout court ) . Le plus grand promoteur du bouddhisme ch’an , Lin-Tsi (Rin-Zaï en japonais ) au XIIIème siècle provoque un séisme spirituel , des pèlerins japonais vont ramener dans leurs îles ce que l’on appelle le bouddhisme zen , le « vrai » boudhisme selon les jap’s. François-Xavier le jésuite au XVIème ne pourra pas introduire les notions judéos-chrétiennes de péchés et de sauvetage personnel et individuel face à une divinité omnisciente. Pire , jugée dangereuse pour la société de l’époque , toute velléité d’évangélisation était punie de mort…

    La notion d’individu personnel ne se distingue pas de son environnement naturel selon doctrine de la Voie (« Tao » en chinois ancien , « Do » en japonais), cette conception de l’Univers entier, mariée à la pratique du bouddhisme ) va tellement influencer le sud-est asiatique qu’elle va promouvoir – et pour longtemps ! – les civilisations que nous autres , occidentaux, commençons à découvrir : En effet , la démocratie est une notion gréco-latine pure et dure, pour un japonais traditionaliste ce ne peut être qu’une espèce de mascarade , de tromperie face à l’Empire du Milieu chinois ou l’Empire du Soleil Levant ( « Daï-Nihon  » en japonais, nippon , en français ).Et il a fallut presque 3 ans aprés 1945 pour que les américains comprennent que pour les kamikazes ( les « tempête providentielles » ) il valait mieux mourir que perdre la Face devant ces « barbares » occidentaux venus détruire l’Univers…

    Le peu que que j’ai pu saisir du fondement spirituel japonais , avec les échanges que j’ai eu avec quelques gens…… éclairés m’ont démontré qu’il y a au moins une vaste incompréhension entre les civilisations asiatiques et nous , et que ce fossé sera trés long et difficile à combler….

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