L’incroyable sexisme sur l’internet

La première question qui m’a été adressée par Alda me demandait mon avis sur… son propre avis (Alda estimant que « il y a moins de femmes chez les geeks, libristes, hacker et hardcore-gamers de tous bords qu’ailleurs »).  Ça me semble intéressant de développer le dernier paragraphe de ma réponse à cette question, qui appelle ce principe de base: ça faut cesser le sexisme sur l’internet. Et ce n’est pas aussi simple que ça n’y parait, car Alda [ça-même] favorise une discrimination sexiste. Accrochez-vous 🙂

*notez le phrasé, vous comprendrez.

Considérons plusieurs exemples:

« Toad doesn’t come out of the pond » (anonyme, Freenet)

« Shit. It’s all jerkely and circley up in here. » (anonyme, 4chan)

« Salut ! J’ai défoncé mes chaussures (déchirés je sais pas comment) donc je vais avoir de nouvelles chaussure sauf que je fais pas lesquels choisir… Vous avez des idées ? » (MugunTigers, JVcom)

« En Suede tout simplement,Mai’s ce pays n’est plus ce qu’il etait du temps de ma jeunesse !!! » (victor1821, Le Figaro)

« Je sais pas quoi faire du cadavre de mon chat. Je crois que je vais l’envoyer à mon cousin qui vit dans les bois, par collissimo. » (Jean Kevin Dupont, Twitter)

5 niveaux différents:

  1. anonymat technique
  2. anonymat public
  3. pseudonymat
  4. prénominat
  5. nominat ou pseudonymat

L’anonymat technique est un anonymat qui est garanti par le procédé technique de sa publication, il est par exemple impossible de retrouver l’adresse IP à l’origine du message, le courrier ne comporte ni traces d’empreintes digitales ni traces d’ADN ni spécificités d’écriture ou marquages de l’imprimante. L’anonymat public dans l’exemple donné, le message est signé « Anonymous » mais 4chan a l’adresse IP  (ce qui sert au bannissement, le cas échéant).

Dans le pseudonymat on peut reconnaitre 2 facettes: le pseudonymat générique et le pseudonymat à nom d’emprunt. Le premier est explicitement un pseudonyme, tandis que le second entretient la confusion en étant un nom et/ou prénom crédible.

Le prénominat, petite invention de mon cru pour désigner l’identité associant le prénom à une particule unique (genre un numéro).

Et enfin, le nominat (qui peut comporter les vrais noms et prénoms, ou pas -cf pseudonymat à nom d’emprunt).

En quoi ça nous intéresse ici ? J’y viens 🙂

N’en déplaise à Facebook, Google+ et autres Nadine Morano, l’interaction entre internautes a été et est toujours majoritairement sous forme pseudonyme: c’est « cool », ça permet de séparer ses centres d’intérêts et parfois ça aide à rester en vie (les participants au printemps arabe en savent quelque chose). Mais au fur et à mesure, j’ai remarqué un glissement: de plus en plus souvent, le raisonnement est « ce type poste sous un pseudonyme, il assume pas ses écrits, c’est louche, vaut mieux ne pas croire ». C’est pas un raisonnement.. raisonné, ça devient un réflexe préalable à la lecture du texte: « d’abord je cherche l’identité, et après je lis ». Notez que par défaut c’est « ce type » (par une sorte d’idée préconçue dégueulasse), et quand c’est sous pseudonyme à la lecture de certains accords sujet-verbe, ça fait ding dans la tête: « oh, en fait c’est une fille ! ».

Évidemment, c’est sexiste. Et c’est pas bon.

Posez-vous la question: le sexe, le genre, le gène ou le physique sont-ils propres à influencer la lecture que vous avez d’un texte ?

Mieux: la revendication de l’auteur selon un sexe, genre, gène ou physique est-elle propre à faire varier la crédibilité du texte ? « Je suis un homme, donc l’informatique ça me connait; je suis une femme, donc l’alimentation ça me connait » ? C’est bel et bien un sexisme dans un cas implicite, dans l’autre exploité. Et ça…

…sur l’internet, bordel !

On pourrait penser qu’à force de campagnes anxiogènes, tout le monde se rend compte que l’identité « lolita13ans » sur le chat Skyrock peut être utilisée par une fille de 13 ans au prénom de Lolita, peut être utilisée par une bénévole d’association familiale pour les besoins d’une émission (anxiogène), peut être utilisée par une personne dépositaire de la force publique de la plateforme Pharos sous couverture, ou peut être utilisée par Hortense, éphébophile cougar de son état. Mais apparemment non.

Neutraliser totalement sa vision est pas évident, et vous vous en rendez bien compte: à lire un texte ou à chatter avec une identité pseudonymée, inconsciemment vous chercherez à savoir si c’est un homme ou une femme au bout du fil. Et évidemment quand l’auteur se présente comme homme ou femme, vous ne parviendrez pas à dissocier cela au point que vous aurez un malaise quand vous rencontrerez des accords sujet-verbe « non conformes pour les hommes/femmes » (alors que ça peut être une bête erreur de typo, ou du troll). Le choix de l’avatar dans les jeux vidéo ? Bah oui je suis déçue par FrozenSand car dans Urban Terror vous devez choisir entre des personnages à caractéristiques physiques « homme » ou « femme »… et qu’il y a de très légères différences qui justifient un choix tactique (genre: les persos féminins font moins de bruit quand essoufflés, ce qui est essentiel puisque je joue beaucoup au rush). Parallèlement Notch fait exprès de ne pas clarifier certaines choses dans Minecraft, ainsi 2 vaches font du lait mais portent des cornes et font un petit quand on leur donne du foin. Ça prend moins de lignes de code et c’est moins sexiste, double avantage 🙂

La langue française n’a pas le fameux « it » anglais qui brille par sa neutralité ?  (he/she/it  ->  il/elle/?)  Merci Stephen King, qui a précisément titré un de ses livres « it » et dont le titre français est « ça » (mais si vous savez, l’entité maléfique).

it

Et bien vous direz/écrirez:  « Mitsu a rédigé un article, ça a traité le sujet du sexisme, je suis d’accord avec ça. Ça a d’ailleurs un compte Twitter et un Identica. »  Bizarre ? Pas tant que ça, finalement 😀 Et l’utilisation de crochets semble tout indiqué si l’on veut préciser.  [Ça] a d’ailleurs un compte Twitter et un Identica.

L’internet est une agora de taille mondiale dans laquelle on n’a même pas besoin de masques: techniquement sur l’internet vous êtes des chiffres, sur 32 bits (IPv4) ou 128 bits (IPv6). Pourquoi vouloir absolument réintroduire vos discriminations à cette formidable neutralité ?! Qui que vous soyez, d’où que vous veniez, quoi que vous êtes, quoi que vous ferez, votre travail peut enfin être jugé sans aucun à-priori, sous anonymat ou ce sous quoi vous voulez être identifié. Défendez toujours ce droit au jugement objectif des arts et actes, neutralisez vos propos et votre vision, et utilisez vos pseudonymes comme entités représentantes de certaines ou toutes vos idées.

Car l’internet vous le permet. 🙂

4 réflexions sur « L’incroyable sexisme sur l’internet »

  1. Article intéressant.

    En revanche, la conclusion où tu sembles vouloir arriver est assez floue. Le titre de l’article, ainsi que ce dont tu sembles vouloir de plaindre, c’est l’incroyable sexisme sur internet. Pourtant la conclusion « Pourquoi vouloir absolument réintroduire vos discriminations à cette formidable neutralité » est assez paradoxale, car elle contraste avec le titre de l’article.

    Pour entrer en résonnance avec l’article, sur internet, il n’y a pas pour moi une hiérarchie des sexes, mais une hiérarchie des pseudos/avatars.

    Si dans la vraie vie, on émet un jugement immédiat lié à l’apparence de notre interlocuteur, sur le web, on perd ces repères là et on se raccroche donc à ce qui nous semble le plus familier.

    C’est d’autant plus remarquable sur les forums. Je sais que personellement, sur une question informatique, j’accorde peu ma confiance à quelqu’un qui réponds au nom de lolita13ans, ou autres pseudos exotiques intrinsèques à l’époque kikoolol/skyblog…

    Pour finir, il est vrai que lorsque je parle à quelqu’un dont j’ignore le sexe, intuitivement, pour moi cette personne là est par défaut un homme. Sexisme ? Non. Je suis un homme, et je pense que j’ai tendance à ramener l’inconnu à ce que je suis. Par contre, si j’apprends que cette personne est une femme ou un homme, je sais que mon jugement envers les dires de cette personne restera inchangé.

  2. Les pseudo permettent de déjouer les problèmes d’une vision superficielle des personnes et de la « première impression » si importante, alors réellement liée au fond et non à la forme, le pseudo se voulant une synthèse courte et arbitraire de l’identité qu’on s’attache. Perso je dis pas « ça », j’utilise un nom propre : au lieu de « Mitsu a rédigé un article, ça a traité le sujet du sexisme, je suis d’accord avec ça. Ça a d’ailleurs un compte Twitter et un Identica. » je pense « Mistu a rédigé un article traitant du sexisme, et je suis d’accord avec. D’ailleurs Mitsu a même un compte Twitter et un Identica » je privilégie les pronoms et les phrases complètes et j’utilise le plus souvent le pseudo pour la personne : ça ne sera féminin ou masculin que si son propriétaire a décidé qu’il s’identifie à son sexe et aux idées qui y sont associées, mais c’est rare (sauf chez les kikoolol, tant pis pour eux s’ils se montrent superficiels), c’est pas ça qui compte en général pour eux.

  3. En réponse à ça, je dirais qu’un pronom alternatif peut être « ille » (fusion de il et elle).

    Enfin je dis ça, je dis rien 🙂

  4. Note : le livre « it » de Stephen King a été traduit en français sous le titre de « cela » et pas « ça ». (si, c’est important — ).

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