Charlie, liberté, fraternité, humanité, etc

Ça y est, on voit et entend les politiciens se jeter sur les corps encore chauds des victimes des assassinats, parlant ici de « coopération accrue entre opérateurs et autorités », où là de « référendum sur la peine de mort »…

Le vrai combat, ami·e·s hacktivistes et netizen, commence maintenant. Ce que j’ai pu entendre de plus violent: le « Patriot Act à la française », sous-entendant guerres impérialistes à l’autre bout du monde (aka « pétrole contre nourriture »), attaques de drones tuant des civils et innocents, ouverture de camps militaires dans un régime dictatorial pour y détenir et torturer des prisonniers pour leur arracher des infos inutiles (au passage, Guantanamo coûterait presque 4 millions de dollars par an et par prisonnier), persécution des lanceurs d’alerte (Chelsea Manning, Edward Snowden) et hacktivistes qui dérangent (Julian Assange), fichages hallucinants des transports de marchandises et personnes, exigence sans juge à l’ensemble des fichiers détenus par les sociétés privées,…  Les temps vont être durs pour nos libertés individuelles, et il n’est pas question de lâcher quoi que ce soit au profit de la peur et la terreur.

Je lis et j’entends certains d’entre vous rappeler le propos tenu par Charlie Hebdo, je n’y répondrais que la qualification du propos est et doit rester aux juridictions compétentes avec des plaidoiries contradictoires. Car à défaut de cela, c’est de la « justice populaire » où deux enragés s’octroient un droit de vengeance à l’AK47, où d’autres enragés balancent grenades et cocktails Molotov dans des synagogues, mosquées, restaurants kebab et supérettes kascher. Laissez la justice calmer les haines et entreprendre les vengeances adéquates à la place des personnes lésées ou qui s’estiment telles. La justice est lente, mais la justice française est bonne.

Un petit rappel de jugement ? http://www.maitre-eolas.fr/post/2007/03/22/580-le-jugement-de-l-affaire-charlie-hebdo

Ensuite, pour rester dans le fond de la problématique: quel que soit votre propos, vous offenserez des personnes. Je répète et je souligne, pour nos amis la presse américaine censureuse de « fuck »: TOUT PROPOS OFFENSERA. C’est ce fameux adage du « on ne peut pas plaire à tout le monde ». Le but est de savoir qu’on offensera, de savoir à quel point on offensera, et que l’on accepte en retour d’être offensé·e. Tout peut être débattu de manière constructive, sans atteindre à la vie de la partie adverse. Vous savez quoi ? Je propose d’ajouter aux cours d’éducation civique des leçons et exercices d’argumentation et plaidoiries. Il s’agit moins de former de futurs avocats que d’apprendre aux futurs citoyens de confronter et défendre leurs opinions et accepter celles des autres. La résultante ? Je pense que nombre de discriminations dogmatiques (religion, origines, apparence physique, sexe et genre, orientation sexuelle, opinions politiques, ..) s’en retrouveraient réduites.

« Liberté » scandaient les participants au grand rassemblement dimanche dernier. Liberté de la presse, liberté d’expression….   slogans qui auraient eu toute leur place lors de la censure de hara-kiri en 1970 (« Bal tragique à Colombey – un mort »). Or là, on est pas dans la situation d’un État qui censure Charlie Hebdo. L’impact sur la liberté de la presse et la liberté d’expression est faible, voire nul, sauf si toute personne souhaitant s’exprimer s’auto-censure par peur de représailles. Non un mot qui aurait été mieux: fraternité. La fraternité, c’est le préambule de la solidarité. C’est ce qui fait qu’on parvient à vivre ensemble la plupart du temps paisiblement, qu’on se réconcilie quand on s’embrouille, et qu’ensemble avec nos différences on forme une Nation unique.

Liberté, fraternité… manque plus que l’égalité pour que la devise de la Ve république française soit au complet, n’est-ce pas ? Oui mais: l’égalité me dérange. Bien sûr c’est important que tous les citoyens soient égaux en droits, mais à mon sens le mot « justice » devrait être utilisé à la place. Pour illustrer rapidement: l’égalité donne à tout citoyen les mêmes places dans le bus, la justice donne aux personnes handicapées un espace pour la chaise roulante, la fraternité et la solidarité donne que les personnes valides laissent cet espace libre et aident la personne en chaise roulante à monter dans le bus.

Dans le cas présent, comment est honorée la fraternité ? Elle l’est en ne stigmatisant pas, elle l’est en ne demandant pas aux musulmans de se désolidariser de ce qui leur est totalement étranger, elle l’est par des non-opprimés (chrétiens, athées, blancs, riches, hétérosexuels, sédentaires,..) défendent et viennent en aide aux opprimés (musulmans, juifs, noirs, pauvres, homosexuels, nomades,..). La fraternité est fraternité quand elle est sincère, désintéressée et spontanée. Et je souhaite que tous les citoyens s’en rappellent et changent en ce sens.

Les victimes de ces assassinats, quand on y pense, illustrent à merveille l’hétérogénéité qui unit la France: des hommes, des femmes, des ouvriers, des français fraîchement accueillis dans la nationalité, des artistes de gauche, des policiers de droite, des personnes de couleur, des athées, des chrétiens, des musulmans, des juifs, des français d’outre-mer,… Cette hétérogénéité, il faut à tout prix la préserver. Qu’elle reste la force et l’essence de la France, unie dans la différence, et non l’objet des haines et déchirements que l’extrême droite prépare pour demain ou que les terroristes tentent encore aujourd’hui.

Élargissons notre point de vue. Voyons cette Union Européenne, prix Nobel de la paix mérité, rassemblant 28 États et mille cultures différentes. On débat avec nos voisins, on trolle à l’occasion, on se chamaille, on se retrouve et on avance ensemble. L’Union Européenne est une super-Nation, certes imparfaite car encore en construction, mais qui est précieuse pour nous, citoyens. Car à partir de l’UE, un espoir est permis: celui d’une nouvelle Union, en lieu et place d’une ONU somme toute limitée. Car nombre de sujets, tels que le réchauffement climatique, mettent en jeu la survie de l’espèce humaine voire la survie des êtes vivants sur cette belle planète bleue, et il n’y a guère qu’ensemble que l’on sera efficaces pour empêcher les catastrophes futures.


Faute de manifeste, vous n’avez qu’une vision parcellaire de mes opinions. Et c’est volontaire puisque certaines d’entre elles sont si libérales qu’elles me demanderaient une énergie colossale à expliquer, surtout en contexte d’autres opinions nettement moins libérales voire contradictoires. Mais finalement c’est ça aussi, l’humanité: la contradiction, la subtilité et les notes de bas de page. « Prismes de personnalités ». Débattre de la liberté d’expression ? Je pense que oui: la liberté d’expression vaut la peine qu’on débatte à son sujet de temps en temps, voire tous les ans, voire plus souvent encore. Pour ma part, j’estime qu’un débat authentique ne peut avoir lieu que si chaque opinion peut être librement exprimée et opposée, au final la question ne serait pas celle de la liberté d’expression totale, mais bien la sagesse d’utilisation de cette liberté, de la fraternité qui doit lui être attachée ?

N’ayons pas peur. Soyons ensemble. Avançons ensemble. Vive la France. Vive l’humanité. Vive la vie.

3 pensées sur “Charlie, liberté, fraternité, humanité, etc”

  1. Je n’ai pas eu le temps de tout lire, malheureusement (je le ferais ce soir), mais certains propos me mettent mal à l’aise.

    C’est la partie à propos du fait qu’il faut accepter d’être offensé.

    Je ne suis personnellement pas souvent offensé. Par contre, je ne comprends pas pourquoi une offense verbale devrait être traité différemment d’une offense physique. Après tout, les conséquence d’un simple coup de poing disparaîtront en moins d’une semaine, pourquoi ce coup de poing (pas une bastonnade, juste un seul et unique coup de poing, même pas fort) devrait être considéré « grave » et une offense morale serait, elle, quelque chose qu’il faut apprendre à vivre avec ?

    Quand je vois un enfant se faire frapper, je ne trouve pas ça normal. Quand je vois un enfant se faire insulter non plus. Quand je vois un enfant avoir de la peine parce que quelqu’un a choisi de faire une blague qui lui apporte de la peine, je ne trouve pas ça normal non plus.

    Le fait est qu’offenser n’est pas nécessaire: il est TRÈS facile de discuter de TOUT les sujets sans offenser. Il suffit de préparer la personne en la prévenant. Si ensuite elle a quand même de la peine, c’est que c’était inévitable (mais au moins, on n’a pas été hypocrite en camouflant un plaisir égoïste qu’est la moquerie en liberté fondamentale).

    Si on peut dire: « on peut t’offenser, c’est notre droit », je ne vois pas alors pourquoi on ne peut pas dire « on peut te frapper, c’est notre droit ». Après tout, les résultats d’une approche choquante n’ont jamais été prouvé efficace, et sont en général au contraire contre-productif. Mais je comprends qu’on croit que ça marche. Parce qu’il est plus simple de penser que ceux qui ne sont pas d’accord avec nous sont fondamentalement différent, et que contrairement à nous, ils ont besoin d’un coup de pied au cul. C’est une erreur similaire à celles faites récemment par Ploum: s’il y a des racistes, c’est parce qu’ils sont bêtes, s’il y a des terroristes, c’est parce qu’ils sont pauvres et mal éduqués (hypothèse difficile à comprendre quand on regarde la réalité).

    Bref, apportez la preuve que frapper un enfant est efficace. Car « avoir le droit de choisir de blesser », ça ne peut être valide que si on accepte que ce soit le cas physiquement ou moralement (ou alors, de nouveau, expliquez pourquoi c’est différent, alors qu’on peut parfois blesser plus profondément moralement plutôt que physiquement).

  2. Je ne suis pas certain que les Musulmans trouvent fraternel de voir leur prophète dessiné ou même blasphémé. Or le premier article des droits de l’homme stipule tout de même clairement que chacun a le droit à cette fraternité…. Ce qui serait beau c’est que le peuple français pensent d’abord à ça avant de penser liberté d’expression.

    David de Belgique

  3. Je ne suis pas certain que les Musulmans trouvent fraternel de voir leur prophète dessiné ou même blasphémé. Or le premier article des droits de l’homme stipule tout de même clairement que chacun a le droit à cette fraternité…. Ce qui serait beau c’est que le peuple français pense d’abord à ça avant de penser liberté d’expression.

    David de Belgique

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